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Pierre BUCHER (1869-1921)

Médecin, principal fondateur et gérant avec Léon DOLLINGER du Musée alsacien de Strasbourg, directeur de revues, responsable du centre de renseignement de Réchésy (1914-1918)

Né le 10 août 1869, à Guebwiller, dans la maison Weckerlin, et décédé à Strasbourg le 15 février 1921.

Son père, Jean BUCHER, est commis-négociant aux Etablissements SCHLUMBERGER. Sa mère, Marie-Joséphine VOGELWEIGHT, serait une descendante du célèbre trouvère Walter von der VOGELWEIDE. Elle décède peu de temps après la naissance de Pierre, en mettant au monde son deuxième enfant, une fille prénommée Jeanne. En 1925, Jeanne BUCHER (1872-1946) fondera à son nom, rue du Cherche-Midi à Paris, une galerie d'art qui existe toujours, au 53, rue de Seine.

Élevé par son père dans un esprit de résistance, Pierre BUCHER gardera toute sa vie "le regard tourné vers la France". En 1890, il est reçu premier à l’Abitur (équivalent de notre baccalauréat). Il choisit alors de rejoindre Strasbourg pour y étudier la médecine. Durant ses études, il rencontre le sculpteur MARZOLFF, les peintres Léon HORNECKER, Paul BRAUNAGEL, Gustave STOSKOPF, Joseph SATTLER et Charles SPINDLER qui formeront le Cercle de Saint-Léonard. Grâce à Charles SPINDLER, il lui arrive d’être invité par le mécène Anselme LAUGEL au "Dîner des treize”. Parmi les personnes qui y prennent part, se trouve Georges HAEHL, le directeur de l’usine de bougies "Victor HAEHL et Cie" à la Robertsau. Pierre BUCHER épousera la sœur de Georges, Amélie, en 1895. Pierre BUCHER participe également aux dîners du “Kunschthaafe” d’Auguste MICHEL.

En 1899, il fait la connaissance de René BAZIN, de Maurice BARRÈS puis d’Edouard SCHURÉ. Il aide successivement les deux premiers auteurs dans la construction de leurs romans, — Les Oberlé pour BAZIN, et Au service de l’Allemagne pour BARRÈS —, et entretient avec Edouard SCHURÉ une amitié profonde au point de le reconnaître comme son père spirituel en 1905. Son éducation et la fréquentation de ces écrivains lui font comprendre qu’il est impératif de sauvegarder la culture française en Alsace allemande. Ce sera la grande affaire de sa vie.

Avec le concours du Cercle de Saint-Léonard, aidé par les frères DOLLINGER et soutenu par la comtesse de POURTALES, il fonde le Musée alsacien de Strasbourg. Il dirige également de 1901 à 1914 la Revue Alsacienne Illustrée, créée par Charles SPINDLER. Par la suite, on retrouve son nom dans toutes les associations qui servent la cause française en Alsace allemande.

Il fait partie de la Société des Amis des Arts, qui organise notamment l'exposition française de 1907 où sont exposés, entre autres, RODIN, BESNARD et COTTET. Sous son impulsion, se créent, en Alsace, les Cercles des Annales, qui apportent des nouvelles de France à l'Alsace allemande. Grâce à lui, André HALLAYS prend part à la commission chargée de la restauration du Palais Rohan.

Il participe en 1909 aux efforts du Comité du Monument Français de Wissembourg et soutient Auguste SPINNER dans ses démarches. Il s’associe aussi à  « La Veillée Alsacienne »  qui réunit des jeunes gens de bonne famille au cours de conférences françaises. Lorsque les Allemands limitent le nombre de représentations théâtrales en français, Pierre BUCHER créé la Société Dramatique, dont Frédéric ECCARD prend la présidence.

Il organise également les conférences de la Revue Alsacienne Illustrée. Il soutient aussi la création du Cercle des Étudiants et lorsque ce cercle est dissous, en 1911, par les autorités universitaires allemandes, il protège les étudiants en favorisant alors la création d’un cercle d'anciens étudiants. En 1912, il associe à la Revue Alsacienne Illustrée ses propres publications, Les Cahiers Alsaciens (1912-1914), dans lesquels il confie la rubrique "lettres françaises" à Elsa KOEBERLÉ. Grâce à cette dernière et à Jean SCHLUMBERGER, Pierre BUCHER ouvre son salon privé à certains écrivains de la Nouvelle Revue Française, notamment à Marcel DROUIN et Jacques COPEAU. Pierre BUCHER prend également contact avec Paul CLAUDEL pour l’inviter à la représentation donnée à Strasbourg de sa pièce, L’Annonce faite à Marie. Ce dernier lui dédie en souvenir son très beau poème Strasbourg.

En 1913, Albert CARRÉ, alsacien de souche, directeur de l’Opéra Comique, qui travaille aussi pour le deuxième bureau, prend contact avec lui pour lui donner les instructions à suivre en cas de guerre. De fait, le docteur BUCHER quitte l’Alsace par le dernier train, le soir du 31 juillet 1914, pour s’engager au service de la France. Après avoir servi dans l’armée du général PAU, il se voit confier par le colonel ANDLAUER la création d’un centre de renseignement spécialisé dans le dépouillement de la presse allemande, à Réchésy, (situé actuellement dans le Territoire de Belfort) aux confins de la Suisse et de l’Alsace. Ce centre, du fait de la notoriété des personnes qui y séjournent, est surnommé « l’Académie de Réchésy ». Le centre de Réchésy donnera des informations décisives pour la bataille de Verdun et le docteur BUCHER sera remarqué par CLEMENCEAU qui le convoquera à Paris et le fera nommer, en mars 1918, à un poste de confiance à l’ambassade française de Berne.

Après la victoire de 1918, Pierre BUCHER devient l’éminence grise du Commissaire de la République, Georges MARINGER. Il reconstitue plusieurs des oeuvres qu’il avait soutenues avant-guerre et en crée d’autres : le Bulletin de la presse allemande, les Cours populaires de langue française, le Livre français, et sous la présidence de Raymond Poincaré, la Société des Amis de l’Université de Strasbourg. C’est au docteur BUCHER que revient l’honneur de prononcer le discours d’ouverture de l’Université française de Strasbourg. Cependant, se rendant compte des méfaits que commet l’administration française en Alsace, il prévient CLEMENCEAU qui rappelle MARINGER et nomme à sa place Alexandre MILLERAND. Entre MILLERAND et BUCHER, l’entente est admirable, mais ils ne peuvent travailler longtemps ensemble. En effet, en janvier 1920, Alexandre MILLERAND est rappelé à Paris après l’élection de Paul DESCHANEL.

À l’automne de la même année, Pierre BUCHER décide de quitter le poste qu’il occupait dans la nouvelle administration française pour se consacrer à la création de sa propre revue, L’Alsace française (1921-1950). Mais une blessure qu’il avait contractée pendant la guerre s’infecte et entraîne son décès. En juin 1917, le colonel DUPONT, chef du 2e bureau, avait témoigné : « Tout ce que l’on pourra faire pour le Docteur BUCHER sera au-dessous de ses mérites ». Alexandre MILLERAND, devenu Président de la République, s’en souviendra. Pierre BUCHER sera le premier Alsacien à avoir été nommé commandeur de la Légion d’honneur à titre militaire, en 1919 en Alsace redevenue française.
Et lorsqu’il décédera le 15 février 1921, il aura droit à des funérailles nationales.

Gisèle LOTH, auteur de la biographie du Dr BUCHER : « Un Rêve de France, Pierre Bucher, une passion française au cœur de l’Alsace Allemande », Editions "La Nuée Bleue", 2000.