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Désiré CHRISTIAN (1846-1907)

Maître-verrier, émailleur


Photo de Désiré CHRISTIAN
Collection privée
Né à Lemberg en Moselle le 23 mai 1846 et décédé le 19 janvier 1907 à Meisenthal.
Son père garde-forestier, puis aubergiste à Meisenthal, se marie à Odile Lutz dont il aura neuf enfants. Deux d’entre eux, Désiré et François, exerceront la verrerie d’art.
 
Désiré Christian épouse en 1873 Julie Lena Hilt. De cette union naissent Marie-Augustine et Armand, associés à l’atelier verrier familial à partir de 1899.

Désiré Christian ne semble pas avoir suivi de formation artistique spécifique mais il parle et écrit très correctement le français. Il est repéré dés les années 1860 par Charles Gallé-Reinemer, le père d’Emile Gallé, chef de file de l’Ecole de Nancy. Le jeune verrier est entré dés seize ans dans les ateliers de Nicolas Matthieu Burgun à Meisenthal où il s’initie à la décoration sur verre. Il deviendra un peintre-émailleur de grand talent.

Dés le début du XIXe siècle, la verrerie de Meisenthal commercialise des services verriers de qualité, suivant ainsi la tradition des anciennes usines du pays de Bitche. Charles Gallé-Reinemer n’établit que vers 1860 une relation commerciale avec Nicolas Matthieu Burgun. Ce dernier devient peu à peu un de ses plus réguliers fournisseurs en même temps que son ami. La guerre de 1870 va interrompre les échanges pendant quelques mois mais ne coupera pas les ponts entre les deux ateliers. Leur relation reprendra à la fin des hostilités entre la France et l'Allemagne.

Le travail de Désiré Christian consiste à exécuter le décor à l’émail commandé par Nancy. Les communications d’une frontière à l’autre étant parfois difficiles,  il est amené à prendre des initiatives même parfois quelques risques. Sa dextérité et son talent se développent au fil du temps. Son activité augmente. Vers 1877-78, il dirige pour les Gallé une équipe de 5 à 8 personnes dans l’atelier de décoration de Meisenthal.
Un contrat de 1885 (Paul Schulze « Die Werkkunst » 1905-06) précise le mode fonctionnement entre la Société Burgun, Schverer et Cie, l’atelier de Nancy et Désiré Christian. Ce dernier est qualifié d’ « artiste peintre ». Mais en réalité il élabore de nouveaux procédés d’émaillage qui mènent à de réelles prouesses techniques et artistiques.

Fin 1893, les relations entre Nancy et Meisenthal se dégradent. Gallé installe sa propre cristallerie à Nancy qui ouvre le 29 mai 1894 avec Joseph Burgun. Le débauchage du chef de la halle de Meisenthal par les Gallé n’est pas très apprécié à Meisenthal. La société est déjà fragilisée par des conflits avec les autorités allemandes et des problèmes de succession, après la mort de Nicolas Matthieu Burgun. Elle se retrouve avec des difficultés d’organisation supplémentaires.

Antoine Matthieu Burgun maintient cependant la création de verrerie Art Nouveau. La marque porte le chardon et la croix de Lorraine, évidente provocation à l’égard de l’occupant!  Désiré Christian reste responsable de fabrication de la société Burgun, Schverer & Cie et des Verreries d’Art de Lorraine jusqu’en 1896-97.


Vase à décor de cygne. Pièce à couches multiples 18x11,7cm. Musées de Strasbourg. MAMCS.
Goulot renflé en cristal multicouche.
Cygnes et nénuphars gravé à l'acide.
Signé sour la pièce AD. Christian Meisenthal Lothr
.

 

C’est l’époque où Walter Crane, peintre et illustrateur du mouvement Arts & Crafts en Angleterre, devient l’un des inspirateurs de l’École de Nancy et du mouvement Art Nouveau.
Sont réalisées d’extraordinaires décors floraux émaillés sur fond blanc ou translucide, des pièces multicouches, gravées à la roue, des vases à décors mythologiques rehaussées d’inclusions métalliques, parfois martelées. La technique du décor floral en camée et à émail intercalaire est présentée pour la première fois en 1895 à Strasbourg où la société Burgun, Schverer & Co est récompensée par une médaille d’or.
Entre 1898 et 1899, Désiré Christian crée son propre atelier. Malgré quelques tensions passées, il associe son frère François à l’entreprise. Ses enfants, Marie-Augustine et Armand, son beau-frère, Joseph Schmitt ainsi que d’autres artistes les rejoindront.
L’atelier «  Cristaux et céramiques d’art » se situe route de Soucht, non loin de la verrerie de Meisenthal où l’approvisionnement en « blancs » perdure.

Entre Désiré Christian et le Cercle de Saint-Léonard des contacts s’établissent sans doute lors de l’exposition de Strasbourg en 1895 (Strassburger Industrie und Gewerbe Austellung). En 1899, ainsi qu’en témoignent ses Mémoires Inédits, Charles Spindler est amené à se rendre à Vallérysthal, pour préparer l’exposition universelle de 1900. Or en 1898,  Désiré Christian travaille au même endroit.
Une correspondance atteste de ces contacts. La visite de Spindler à l’atelier de Meisenthal en vue d’expositions collectives est relatée.
De 1901 à 1908,  la Revue alsacienne illustrée nomme régulièrement le peintre verrier dans ses colonnes. Pour l’exposition de Turin, une section des artistes alsaciens et lorrains est créée par le marqueteur de St-Léonard dans laquelle figurent Elchinger et Christian. L’atelier Christian emporte d’ailleurs la médaille du mérite. La Maison d’Art alsacienne de Strasbourg présente régulièrement des œuvres de l’artisan verrier.

Désiré Christian expose à Munich en 1899. Il participe à l’Exposition Universelle de 1900 où il obtient une médaille d’argent et ses principaux collaborateurs, une mention honorable.
En 1901, il emporte un médaille d’argent à St-Pétersbourg et il expose à Dresde. En 1902, il présente des pièces à Turin et à Munich. Il est honoré d’une médaille d’or à St-Louis (Missouri USA) en 1904. À Dresde, en 1906, il expose avec Spindler dans la section Strasbourg. La même année, à Metz et Krefeld,  il expose les œuvres de son atelier avec d’anciennes productions de Gallé, sans doute réalisées à Meisenthal.

Si Désiré Christian est l’interprète fidèle d’Emile Gallé pendant trois décennies, son talent exceptionnel de décorateur lui permet de s’affranchir de son maître. L’artisan met en œuvre la marqueterie de verre, l’émail intercalaire ou l’étirement à la pince à chaud de verres multicouches, l’application de fils de cristal, la gravure à la roue avec des arrière-plans de vagues ou d’écailles, la cémentation à l’argent ou au cuivre, toutes techniques très élaborées qui modifient souvent la teinte initiale du verre. Sa courte carrière personnelle a néanmoins été reconnue davantage en Allemagne qu’en France malgré un attachement réel à son pays.

Bibliographie:
- Charles Spindler, « L’Âge d’or d’un artiste en Alsace-1889-1914 » Mémoires Inédits. Editions Pl. Stanislas (2009)
- Catalogue de l’exposition «  Désiré Christian et son Atelier » par le Musée du Verre et du Cristal de Meisenthal (2007)